La « dissidence », un alter-activisme d’extrême-droite ?

Avec un compte Youtube comptant plus de 500 000 abonnés et des vidéos qui dépassent largement le million de vues lorsqu’elles ne sont pas supprimées, le Raptor Dissident[1] est la nouvelle figure montante de l’extrême-droite française sur le net. Dans un style particulièrement violent, vulgaire et effréné, il s’en prend tour à tour aux femmes, aux homosexuels, aux musulmans, aux étudiants etc. Défendant une ligne ultra-viriliste et un nationalisme racialiste dur, il se positionne contre les « gauchistes » et autres « cosmopolites ». Proche de personnalités d’extrême-droite comme Henry De Lesquen, Laurent Obertone, Adrien Abauzit, Daniel Conversano, et très fortement influencé par Alain Soral (même s’il s’éloigne de la ligne de ce-dernier sur des points importants), le Raptor Dissident connait un grand succès sur le net et commence à dépasser le microcosme du suprématisme blanc. Depuis le mois de janvier il a ouvert une nouvelle chaîne, « Raptor vs Wild »[2],  sur laquelle il publie des vidéos intitulées « Rendez-vous dissident », une émission hebdomadaire où sont invités des intellectuels, militants, artistes, ou youtubers proche de ses idées, comme Tepa, Virginie Vota, Frédéric Delavier, ou bien encore Dario Chevchenko. Ces émissions sont souvent animées avec un de ses plus proches collaborateurs, Papacito, auteur pour le blog « FDP de la mode »[3] et d’une BD[4] du même nom, illustrée par le dessinateur controversé Marsault et éditée chez Ring. Lors de ces lives, les deux compères, accompagnés du rappeur Kroc Blanc, ont lancé un projet qui commence à faire son chemin : « Monte une équipe ». L’idée est simple : constatant le manque d’organisation et de réseaux, mais surtout d’engagement concret, chez les individus aux idées proches de l’extrême-droite, ils encouragent leurs auditeurs à « se prendre en main » et à contacter les personnes près de chez eux. Le but est de créer des groupes pour se  motiver à se former (intellectuellement mais surtout physiquement, l’entrainement à l’auto-défense étant l’un des grands axes de ces initiatives), mais aussi afin de mener des actions localement. Cette initiative semble porter ses fruits puisque des auditeurs ont déjà appelé lors de différentes émissions pour faire part des activités menées dans leurs villes. Pour coordonner le tout un site internet, permettant de faciliter la formation de ces « équipes », est en cours de création.

Nous sommes ici en présence d’un champ de l’extrême-droite assez particulier puisqu’il est éloigné de sa représentation la plus institutionnelle, celle du Front National. En effet, les critiques sont nombreuses dans ce milieu vis-vis du FN et notamment de sa principale représentante, Marine Le Pen. Le Raptor Dissident la nomme même « Malika Le Pen »[5] pour sa politique jugée trop à gauche et trop « islamo-compatible ». Mais ce champ ne ressemble pas non plus aux groupuscules suprématistes blancs voire néo-nazis que nous pouvons trouver généralement à droite de l’extrême-droite. Ces derniers ont un mode d’organisation de parti fort, avec un leader souvent charismatique, une idéologie toute tracée et leurs membres sont de véritables militants politiques disciplinés. Dans le cas qui nous intéresse ici nous ne sommes pas dans ce type de format. Les principales personnalités de ce champ ne font pas, ou rarement, partie d’une organisation politique, comme les personnes qui les suivent, les lisent et regardent leurs émissions. Ils revendiquent davantage leur propre individualité face à ces collectifs. En ce sens, cette extrême-droite alternative suit une évolution, que l’on constate depuis les années 1990 dans tous les milieux militants, qualifiée par Jacques Ion, dans son ouvrage La fin des militants ?, d’ « engagement distancié ». Cet engagement s’illustre par « l’émergence de l’acteur individu concret » avec lequel « l’association ne suppose plus que soit laissée aux portes du groupement l’identité personnelle »[6]. Ces personnalités influentes ne revendiquent pas non plus une position de chefs de cette mouvance, c’est ce qu’expriment ouvertement Raptor Dissident et Papacito dans une vidéo « mise au point et réponses à vos questions »[7]. Le problème de l’emprise trop forte de certaines personnalités sur la « dissidence » est d’ailleurs parfois discuté lors de ces débats. A ce titre, Alain Soral est souvent pointé du doigt pour son caractère autoritaire et dogmatique. Enfin, cette « dissidence » n’a pas une idéologie ni même un programme politique bien déterminé dont elle souhaite l’application immédiate.

A travers ces différents points, nous avons pu constater que nous n’étions pas devant un modèle classique de l’extrême-droite, mais plutôt devant ces nouveaux courants que nous trouvons aux Etats-Unis sous l’appellation d’« Alt Right ». Alors que les études sur les « nouveaux mouvement sociaux » ont majoritairement été étudiés à travers des mobilisations de gauche, progressistes et émancipatrices, nous chercherons à savoir si nous ne pouvons pas appliquer ce modèle d’analyse à ce mouvement d’extrême-droite. Nous pouvons nous demander si nous ne sommes pas face à un courant politique s’inscrivant dans l’alter-activisme mais en défendant des valeurs réactionnaires et conservatrices. Après avoir défini ce que sont les « nouveaux mouvements sociaux et l’alter-activisme nous verrons en quoi la sphère se nommant la « dissidence » peut s’y inscrire. Puis nous tenterons de comprendre par quels moyens elle parvient à concilier les nouvelles pratiques militantes et des valeurs d’extrême-droite.

Les nouveaux mouvements sociaux et le « Sujet »

C’est principalement Alain Touraine qui va faire émerger cette notion de « nouveaux mouvements sociaux »[8]. Elle permet, pour le résumer très rapidement, de définir ces mobilisations sociales adoptant d’autres formes et d’autres revendications que celles habituellement tenues dans ce qu’il nomme les « conflits  industriels » opposant ouvriers et capitalistes. Ces mouvements se différencient par des revendications post-matérialistes, cela ne signifie pas que les demandes matérielles n’ont plus d’importances mais d’autres vont émerger, notamment des revendications plus culturelles et identitaires. La lutte ne se déroule plus seulement sur le lieu de travail mais dans toutes les sphères de la vie, autant public que privée. Elle porte sur des valeurs et secteurs divers comme l’éducation, l’information, la communication, la représentation, la dignité etc. Les « nouveaux mouvement sociaux » vont aussi voir apparaître sur le devant de la scène des acteurs autres que spécifiquement ouvriers, avec les organisations féministes, antiracistes, écologistes, étudiantes…

Parmi les principes qui caractérisent un mouvement social il y a, pour Touraine, la notion d’identité et d’opposition, nous retrouvons cela dans la mouvance étudiée ici. L’identité est celle de l’homme Blanc occidental, la civilisation européenne-blanche et chrétienne. L’opposition est nommée avec des termes assez généralistes comme « gauchiste » ou « cosmopolite », dans lesquels sont visés autant la gauche et l’extrême gauche traditionnelle, que les féministes, les antiracistes, les écologistes, les organisations LGBTQ etc. Mais la question qui importe n’est pas de savoir si nous sommes, ou non, en présence d’un mouvement social, mais plutôt quelles dimensions des mouvements sociaux pouvons-nous cerner dans cette auto-nommée « dissidence », et en quoi nous pouvons la rapprocher de l’alter-activisme.

Pour y répondre, il nous faut rappeler un autre point important des analyses d’Alain Touraine, mais aussi d’autres sociologues comme Michel Wieviorka ou Geoffrey Pleyers[9], sur ces nouveaux mouvements sociaux, surtout à partir des années 1990-2000. Tous trois remarquent que ces mouvements se différencient par un processus de  subjectivation[10] faisant apparaître, dans ces luttes, le « Sujet ». Sorte de modèle idéal-typique wébérien théorisé par Alain Touraine, le « Sujet » n’existe pas réellement dans le sens où personne n’est jamais totalement « Sujet ». C’est un processus qui n’a pas d’état final, il est en perpétuelle construction. S’éloignant des théories fonctionnalistes, structuralistes et plus ou moins marxistes, leur reprochant de trop se focaliser sur les dominations subies et les structures, ne laissant ainsi pratiquement aucune marge de manœuvre aux individus, ces sociologues proposent une analyse qui s’intéresse davantage aux discours des acteurs et à leurs actions, tout en mettant l’accent sur leurs capacités à changer la société. Leurs travaux soulignent comme grande spécificité de ces « nouveaux mouvements sociaux » la volonté croissante des individus de se construire comme acteurs. L’épanouissement personnel et le respect de la subjectivité des individus est mise en avant et devient même un enjeu central. Il ne faut pas confondre cette subjectivation dans les pratiques de luttes avec l’individualisme, car elle peut s’accompagner d’une identification à un collectif, une communauté. C’est pourquoi il convient davantage de parler d’ « individuation » du militantisme. Enfin, cette subjectivation n’est pas antagoniste non plus avec une universalisation des valeurs[11]. C’est là une des principales caractéristiques de l’alter-activisme.

Alter-activisme et extrême-droite alternative, les points communs.

Dans cette nouvelle culture militante qui se mobilise pour un changement de l’organisation de l’ordre social, la subjectivité des membres a donc une importance considérable. L’expérience personnelle y est centrale et se construit par la pratique dans le mouvement, par la manière de le vivre. Une grande liberté est accordée aux acteurs qui ont la possibilité de laisser libre cours à leur créativité et à leur individualité. Cette spécificité nous la retrouvons chez beaucoup d’internautes dont les idées sont proches de cette « dissidence » et qui suivent les personnalités influentes qui la composent. Les internautes expriment cette envie d’être acteurs, de participer, d’engager leur individualité dans ce mouvement, de participer sans pour autant s’abandonner au groupe. Ils souhaitent manifester librement leurs subjectivités, leurs opinions réactionnaires, et propager leurs valeurs conservatrices. Ils ont le sentiment d’être isolés, perdus au milieu d’individus ne partageant pas leurs idées. Le projet « Monte une équipe » est donc pour eux une véritable aubaine, l’occasion de réaliser leurs désirs, de pouvoir enfin être eux-mêmes et de trouver des semblables avec lesquels ils pourront s’épanouir.

L’alter-activisme invite à un dépassement de la frontière entre la vie privée et la vie publique, insistant sur l’idée que « tout est politique », nous retrouvons cette conception dans la « dissidence ». Il s’agit pour les militants d’extrême-droite de se réaliser soi-même à travers cet engagement, de mettre en adéquation leurs valeurs, leurs philosophies, avec la pratique dans la vie de tous les jours. Le but est pour eux de concilier leurs modes de vie à leurs idéologies politiques, car le privé, le quotidien, l’intime[12], est politique. C’est l’une des grandes leçons que souhaitent enseigner Papacito et Raptor Dissident notamment lors de leurs émissions. Il faut être « acteur de sa vie », ne pas être un « faible », une « larve » et se prendre en main. Cela passe avant tout par un style de vie sain et « viril ». Nous retrouvons cette politisation du corps très courante dans les nouveau mouvements d’émancipation,  mais avec une approche différente. Dans cette conceptions réactionnaire le corps doit être entretenu, cultivé et respecté en le développant, en le performant.  Cela passe par une fréquentation assidue des salles de sports et une alimentation saine. Il est essentiel de « contrôler ce que tu manges », nous enseigne le Raptor Dissident, « pour contrôler ta vie ». C’est pourquoi Raptor et Papacito lancent plusieurs « défis » durant leurs émissions, comme arrêter la cigarette, faire du sport tous les jours, faire son lit le matin etc.  La pratique de sports de combats dans une logique de self-défense face aux dangers que représentent les antifascistes ou bien même les « noirs et les arabes » considérés comme particulièrement violents et hostiles, est aussi vivement encouragée. Les deux animateurs ne se limitent pas à une culture du corps, ils invitent aussi leurs auditeurs à se former et s’informer intellectuellement et spirituellement. Des ouvrages et des références intellectuelles à suivre, à lire ou à regarder (à travers Youtube), vont ainsi être conseillés. Pour résumé, l’idée principale mise en avant stipule que pour changer la société, rétablir un ordre autoritaire et traditionnel, l’amour de la Patrie, la fierté de la masculinité, il faut déjà se changer soi-même et être un « véritable homme ». Pour y parvenir, pour mobiliser, pour donner davantage de motivation et d’envie, ils encouragent ainsi les personnes qui les écoutent à créer des collectifs afin d’atteindre de manière plus efficace ces objectifs de performances.

Ces équipes ne se limitent pas à la formation d’une culture militante d’extrême-droite ou à une performation du corps, elles visent aussi à la création d’une communauté de vie pour développer une manière de vivre-ensemble parmi les gens d’extrême-droite. Se plaignant d’être sans cesse mélangés à des « gauchistes » dans la vie quotidienne, l’objectif de cette initiative est de permettre à ces « dissidents », généralement isolés, de se rencontrer et de vivre ensemble, d’avoir des activités de loisirs en commun, ou même simplement de se promener dans la rue en groupe pour ne plus se faire « emmerder par la racaille ». Autre analogie à faire avec l’alter-activisme : l’intention de briser cet antagonisme entre virtuel et réel. L’extrême-droite alternative est particulièrement active sur le net, c’est même son lieu de prédilection, en témoigne le nombre important de forums, de sites, de vidéos, de groupes Facebook, de profils Twitter qui s’identifient à cette orientation politique. Nombreux sont les travaux menés sur ce thème, la revue Réseaux a même consacré un numéro spécial sur ce sujet, intitulé « L’internet des droites extrêmes »[13]. Monter une équipe, c’est donc aussi se rencontrer dans la « vraie vie » et ne pas rester cantonné sur la toile. L’idée de la rencontre, de partager des moments en commun, d’échanger, de se socialiser dans un entre-soi, est primordiale. De plus, comme dans l’alter-activisme de gauche, le local n’est pas négligé et n’est pas non plus opposé au global. Pour changer la société, « reconquérir » la France, il est nécessaire selon les théoriciens de la « dissidence » d’agir d’abord dans sa ville, dans son quartier, de reconquérir son territoire propre, tout en créant des liens avec les autres groupes au niveau national mais aussi international, principalement européen dans le cas présent. Ils insistent aussi sur l’importance de créer des espaces autonomes et distants de la société « cosmopolite », dans lesquels les groupes pourraient mettre en pratique leurs idées et exprimer leurs subjectivités. Des lieux où ils pourraient vivre selon leurs principes et leurs valeurs tout en tissant des liens, en créant des réseaux qui ont pour fonction de s’étendre.

Autres similitudes entre l’alter-activisme de gauche et la « dissidence » : une méfiance envers les partis et acteurs institutionnels du champ politique. Les débats sont nombreux au sein de l’ alt right française pour savoir s’il faut ou non participer aux élections et voter pour le FN, particulièrement critiqué comme nous l’avons vu précédemment. Les avis divergent beaucoup sur cette question, il faut préciser que, tout comme dans l’alter-activisme classique, la « dissidence » n’est pas un bloc monolithique. En effet, c’est aussi une sphère où l’on rencontre une multiplicité d’acteurs, des cultures militantes, d’opinions, d’idées et de pratiques différentes, voir même contradictoires. Si un socle de valeurs communes se dégage dans la « dissidence », dont le patriotisme, le virilisme, et l’anticommunisme (appelé le « marxisme culturel »), il n’y a néanmoins pas d’idéologie définie au départ et sur laquelle tous s’accordent. Au contraire, différents courants habitent ce mouvement, représentés par diverses figures principales. Il y a des mouvances catholiques (Adrien Abauzit, Virginie Vota), d’autres davantage « ethno-racialistes » (Raptor Dissident, Henry De Lequen), certains vont opter pour une logique de « réconciliation » avec les musulmans considérés comme patriotes (Alain Soral), ou bien une partie va opter pour une ligne défendant un suprématisme blanc (Daniel Conversano) etc. Malgré ces fortes divergences, pouvant amener parfois à des affrontements violents  – comme lorsque Conversano et Soral se sont battus lors d’une émission de l’humoriste Dieudonné M’bala M’bala – ces différents courants arrivent plus ou moins à cohabiter, discuter et échanger. La web-tv de l’animateur Tepa, mais surtout le « rendez-vous dissident » en sont une preuve flagrante. Les deux principaux animateurs de cette dernière émission ont d’ailleurs des points de vues souvent opposés, de même pour les personnes invitées. Le principe est justement de proposer, à travers ce genre de format, la découverte d’autres manières de penser la « dissidence », et de permettre une confrontation des idées avec un espace permettant la libre expression des différentes opinions animant ce champ. Cette liberté donne la possibilité, à travers le dialogue et le débat, d’enrichir et d’améliorer la pensée dissidente. Enfin, pour les animateurs cette pensée ne doit pas être restreinte à l’univers de l’extrême-droite alternative, ils exhortent leurs internautes à la diffuser à l’ensemble de la société à travers une stratégie nommée le « national-gramscisme ». Ils reprennent ainsi la notion de « guerre de position », précédant la « guerre de mouvement », dans laquelle une lutte pour l’hégémonie intellectuelle et culturelle doit être menée. Ils pensent œuvrer à cette lutte à travers leurs activismes sur le net mais aussi sur le terrain. Le projet « Monte une équipe » est l’illustration parfaite de ce passage du virtuel au réel et d’un renouveau militant de cette extrême-droite, s’inscrivant dans la logique alter-activiste.

Des valeurs en opposition à l’alter-activisme classique

Nous avons jusqu’ici pu remarquer les nombreuses ressemblances entre l’auto-proclamée « dissidence » et l’alter-activisme. Malgré tout il faut nuancer cette idée d’un alter-activisme d’extrême-droite, la principale raison étant que celui-ci défend des valeurs et des pratiques très éloignées, voire complètement opposées à celles promues dans l’alter-activisme traditionnel. Ainsi, à titre d’exemple, contrairement à ce que nous pouvons retrouver dans des mouvements comme Nuit Debout ou Occupy Wall Street, les désirs d’horizontalité, d’anti-pouvoir, d’anti-domination, de remise en cause des privilèges etc. sont peu présents dans la « dissidence ». Cette dernière met même en avant des notions de hiérarchies verticales, de dispositions naturelles, de chefs, de rôles et tâches bien définis pour chacun. De plus, si nous pouvons effectivement constater une forme de subjectivation il faut néanmoins minorer cette observation car celle-ci est restreinte par certains courants plaçant le groupe avant l’individu. Ils souhaitent ainsi un véritable dévouement de la part de leurs membres, voir même un sacrifice de l’individualité. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’un des adages de Dario Chevchenko : « je ne suis pas indispensable ». Il faut ajouter à cela que le militantisme alter-activiste a permis à des luttes reléguées très souvent aux marges d’imposer leurs paroles et d’occuper le devant de la scène. Nous pouvons penser aux organisation féministes, antiracistes ou LGBTQ. Or, l’extrême-droite alternative se place en totale opposition à ces mouvements progressistes, et lutte, entre autres, pour la préservation du patriarcat, de l’hétéronormativité et de la suprématie de la race blanche. Cette « Alt right » à la française se prétend révolutionnaire en voulant renverser un ordre global qu’elle imagine « gauchiste », voire même communiste. Toutefois dans les faits elle ne va pas vraiment à l’encontre des valeurs diffusées dans la société à travers les institutions, mais semble plutôt vouloir les renforcer et les durcir.

En conclusion, la différence majeure entre l’alter-activisme classique et cette extrême-droite alternative porte donc sur les valeurs prônées. Ce qui nous amène à nous demander si nous pouvons sérieusement parler d’un alter-activisme réactionnaire et conservateur. Cette question reste à creuser, nous avons seulement effleuré ce sujet et celui-ci mérite un travail plus approfondi.  Pour ce faire il est essentiel de mener une enquête ethnographique dans les milieux dits « dissidents » afin de rencontrer leurs acteurs et de s’imprégner au mieux de leurs idéologies, de leur dynamique et de leur mode de fonctionnement. Malgré tout, ce mouvement, à travers la diversité de ses militants et ses différents projets comme « Monte une équipe », présente plusieurs similitudes avec l’alter-activisme. Ces ressemblances méritent, selon nous, de s’y attarder plus en détails dans de futurs travaux. L’extrême-droite n’est pas extérieure à notre société donc forcément, comme l’ensemble du champ militant, elle connaît des évolutions dans ses théories et dans ses pratiques. Il nous semble alors pertinent de vouloir appliquer à cette extrême-droite alternative les cadres d’analyses des théories sur les « nouveaux mouvements sociaux ». Une enquête sur cette nouvelle extrême-droite aux pratiques alternatives nous parait indispensable si nous souhaitons comprendre les tenants et les aboutissants de cette dynamique qui prend de plus en plus d’ampleur.

Wissam Xelka, militant décolonial

[1] Adresse de la chaîne Youtube : https://www.youtube.com/channel/UC_i-uMpN1lEyuoUGDq-dajQ

[2] Adresse de la chaîne Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCXwyeDdBEaLmrndrY8q_H4Q

[3] Adresse du blog : http://fdpdelamode.com/

[4] Marsault, Papacito, FDP de la mode, Tome 1, Editions Ring, Paris, 2018.

[5] Raptor Dissident, « Malika le Pen : femme de gauche. Expliquez-moi cette merde #10 », vidéo Youtube, publiée le 17 novembre 2017 :  https://www.youtube.com/watch?v=qbk8KKfy5MI

[6] Jacques Ion, La fin des militant ?, Les éditions de l’Atelier, Paris, 1997. p80

[7] Raptor Dissident, « Mise au point et réponses à vos questions », vidéo Youtube publiée le 28 mars 2018 : https://www.youtube.com/watch?v=W3XAtkQT8js

 

[8] Geoffrey Pleyers, « la sociologie de l’action et enjeux sociétaux chez Alain Touraine », in Epistémologie de la sociologie. Paradigme pour le XXIe siècle, Marc Jacquemain et Bruno Frère (dir.), éditions De Boek, Paris, 2008.

[9] Geoffrey Pleyers, Brieg Capitaine (dir.), Mouvements sociaux, quand le sujet devient acteur, FMSH éditions, Paris, 2016.

[10] Michel Wieviorka définit ce processus de subjectivation ainsi : « la possibilité de se construire comme un individu, comme un être singulier capable de formuler ses choix et donc de résister aux logiques dominantes, qu’elles soient économiques, communautaires, technologiques ou autres » (Michel Wiervioka, La violence, Paris, Balland, 2004, p.268).

[11] Pour en savoir plus voir notamment : Manuel Boucher, Geoffrey Pleyers, Paola Rebughini (dir.), Subjectivation et désubjectivation. Penser le sujet dans la globalisation, Editions de la Maison des sciences et de l’homme, Paris, 2017

[12] Même en ce qui concerne la vie amoureuse. Lors d’une émission du « Rendez-vous dissident », en présence du Frédéric Delavier et Dario Chevchenko, les quatre protagonistes incitaient les militants dissident à se mettre en couple avec des personnes blanches et à faire de nombreux enfants pour lutter contre le « grand remplacement ». Il sera même reproché plus tard à Papacito d’être en couple avec une personne noire.

[13] « L’internet des droites extrêmes » (juin 2017), Revue Réseaux, n°202, 240 p


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